Cigarettes électroniques jetables vs systèmes rechargeables : comprendre les différences
La cigarette électronique s’est imposée en quelques années comme un outil de réduction des risques pour les fumeurs adultes. Pourtant, derrière ce terme générique se cachent deux grandes familles de produits : les cigarettes électroniques jetables (souvent appelées « puffs ») et les systèmes rechargeables (mods, pods, kits avec réservoir et e-liquides). Chacun présente des impacts différents sur la santé, le budget et l’environnement, ainsi que des implications réglementaires spécifiques.
Cet article propose une analyse détaillée, basée sur les données scientifiques disponibles et les textes officiels en vigueur, notamment la directive européenne 2014/40/UE (dite « TPD ») transposée en droit français dans le Code de la santé publique, ainsi que les lois récentes relatives aux déchets et au plastique.
Rappels sur le fonctionnement d’une cigarette électronique
Une cigarette électronique, qu’elle soit jetable ou rechargeable, repose sur le même principe :
- Une batterie qui fournit l’énergie.
- Une résistance (ou coil) qui chauffe.
- Un réservoir ou une cartouche contenant un e-liquide.
- Un embout buccal permettant d’inhaler la vapeur.
Les e-liquides sont composés principalement de propylène glycol (PG), de glycérine végétale (GV), d’arômes alimentaires et, le cas échéant, de nicotine. La directive 2014/40/UE et le Code de la santé publique (notamment les articles L3513-1 et suivants, et R3513-1 et suivants) encadrent la composition des liquides nicotinés (teneur maximale en nicotine, étiquetage, sécurité enfant, déclaration des produits à l’ANSES, etc.).
Cigarettes électroniques jetables : caractéristiques, atouts et limites
Les cigarettes électroniques jetables, aussi appelées « puffs », sont des dispositifs pré-remplis, prêts à l’emploi, sans réglage ni entretien. Elles sont généralement composées d’un petit tube ou boîtier contenant :
- Une batterie non rechargeable.
- Une résistance intégrée.
- Un réservoir scellé d’e-liquide (souvent de 2 ml en Europe, limite fixée par la directive 2014/40/UE).
Une fois le liquide ou la batterie épuisé, le produit est jeté dans son intégralité.
Avantages principaux :
- Simplicité d’utilisation : aucun bouton, aucun remplissage, pas de changement de résistance. On aspire, la vapoteuse s’active automatiquement.
- Accessibilité : disponibles dans de nombreux commerces (bureaux de tabac, grandes surfaces, boutiques spécialisées), même si leur vente aux mineurs est strictement interdite (article L3513-5 du Code de la santé publique).
- Prix d’achat unitaire faible : généralement entre 6 et 10 euros par dispositif.
Limites et inconvénients :
- Coût réel sur le long terme : chaque puff représente l’équivalent d’un certain nombre de cigarettes (souvent indiqué entre 300 et 600 bouffées), mais à l’année, la somme peut dépasser largement le coût d’un système rechargeable et d’e-liquides en flacons.
- Variété d’arômes sucrés et attractifs (friandises, boissons, fruits exotiques) pouvant attirer les non-fumeurs, en particulier les jeunes, ce qui suscite des inquiétudes de santé publique.
- Impossibilité d’ajuster finement la concentration de nicotine ou le ratio PG/VG ; l’utilisateur dépend de l’offre pré-formatée.
- Impact environnemental important : chaque dispositif contient une batterie au lithium, des plastiques et des métaux, rarement recyclés correctement.
Systèmes rechargeables : pods, mods et cigarettes électroniques classiques
Les systèmes rechargeables regroupent plusieurs types de dispositifs :
- Pods : petits appareils compacts avec cartouches pré-remplies ou remplissables.
- Kits avec réservoir (tank) et résistance changeable : format classique de cigarette électronique.
- Mods : dispositifs plus évolués, parfois avec batteries amovibles et puissance réglable.
Leur point commun : ils sont conçus pour être utilisés sur la durée, avec remplacement du e-liquide et de la résistance, voire de la batterie lorsque nécessaire.
Avantages principaux :
- Économie à long terme : l’investissement initial (environ 20 à 80 euros pour un kit) est compensé par le coût modéré des e-liquides en flacons (souvent 4 à 6 euros pour 10 ml) et des résistances (2 à 4 euros pièce).
- Personnalisation :
- choix de la concentration de nicotine (jusqu’à 20 mg/ml pour les liquides nicotinés, limite fixée par la directive 2014/40/UE) ;
- choix des arômes (tabac, menthe, fruités, gourmands, etc.) ;
- possibilité d’ajuster le ratio PG/VG selon le ressenti souhaité.
- Réduction des déchets par rapport aux jetables, puisque seule une petite partie du matériel est remplacée régulièrement.
Limites et inconvénients :
- Nécessité d’un minimum d’apprentissage : remplissage du réservoir, changement de résistance, réglages éventuels.
- Entretien régulier : nettoyage du tank, surveillance de la résistance pour éviter le goût de brûlé.
- Encombrement légèrement plus important pour certains modèles, même si les pods restent très compacts.
Impact sur la santé : que disent les études et la réglementation ?
Aucune forme de consommation de nicotine n’est totalement dénuée de risques. Cependant, la communauté scientifique et plusieurs autorités de santé reconnaissent que la vape est nettement moins nocive que le tabac fumé, en particulier en l’absence de combustion et des milliers de substances toxiques présentes dans la fumée de cigarette.
Sur le plan réglementaire, la directive 2014/40/UE et sa transposition en droit français imposent pour toutes les cigarettes électroniques contenant de la nicotine :
- une teneur maximale en nicotine de 20 mg/ml ;
- un volume maximal de réservoir ou de cartouche de 2 ml ;
- une obligation de déclaration des produits auprès des autorités compétentes (en France, l’ANSES) avec données sur les ingrédients et émissions ;
- des avertissements sanitaires sur le conditionnement (« La nicotine contenue dans ce produit crée une forte dépendance. Son utilisation par les non-fumeurs n’est pas recommandée. ») ;
- l’interdiction de publicité et propagande en faveur du vapotage, avec des règles proches de celles du tabac (articles L3513-4 et suivants du Code de la santé publique).
Les dispositifs jetables et rechargeables sont soumis à ces mêmes exigences lorsqu’ils contiennent de la nicotine. Sur le plan toxicologique, les principaux risques sont liés au type de liquide et au mode d’utilisation plutôt qu’au caractère jetable ou rechargeable du matériel.
Quelques points de vigilance :
- Prévention chez les non-fumeurs et les jeunes : tous les organismes de santé (OMS, Santé publique France, HAS) déconseillent l’usage de la cigarette électronique chez les non-fumeurs, en particulier les mineurs, pour éviter l’initiation à la nicotine.
- Qualité des e-liquides : privilégier les marques déclarées et conformes aux normes en vigueur, éviter les produits de contrefaçon ou achetés hors du circuit légal.
- Surveillance des effets indésirables : en France, les signalements peuvent être faits via le système de pharmacovigilance ou auprès de l’ANSES.
À ce jour, les données scientifiques ne montrent pas de risque spécifique lié au format jetable versus rechargeable, mais l’usage intensif de produits très sucrés et fortement dosés en nicotine chez les jeunes est particulièrement préoccupant, notamment avec les puffs.
Impact sur le budget : un calcul à moyen et long terme
Pour un fumeur souhaitant passer au vapotage, le coût est un critère déterminant. Il est utile de comparer les deux options sur une période de quelques mois.
Exemple simplifié (ordre de grandeur) :
- Un utilisateur consommant l’équivalent de 15 à 20 cigarettes par jour
- avec des puffs : si chaque puff équivaut à 1 paquet environ et coûte 8 euros, l’utilisateur dépense environ 8 euros par jour, soit plus de 200 euros par mois ;
- avec un système rechargeable :
- kit de départ : environ 40 euros (une seule fois) ;
- e-liquides : 3 flacons de 10 ml par mois à 5 euros = 15 euros ;
- résistances : 2 par mois à 3 euros = 6 euros.
Soit environ 21 euros par mois après l’investissement initial.
Ce calcul reste indicatif mais illustre un point clé : les systèmes rechargeables sont très largement plus économiques à moyen et long terme que les cigarettes électroniques jetables.
Pour les fumeurs fortement dépendants, cette économie peut représenter plusieurs centaines, voire milliers d’euros par an par rapport au tabac et aux puffs.
Impact environnemental : déchets, batteries et plastiques
L’essor des cigarettes électroniques jetables pose un problème croissant de gestion des déchets. Chaque puff jetée représente :
- une batterie lithium-ion ou lithium-polymère, qui ne doit pas être jetée avec les ordures ménagères ;
- des plastiques et métaux ;
- des résidus éventuels de nicotine et d’e-liquide, considérés comme déchets dangereux.
La France s’est dotée de textes visant à réduire les déchets plastiques et à améliorer la gestion des produits électriques et électroniques, notamment :
- la loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (dite loi AGEC) ;
- le Code de l’environnement, qui encadre la mise sur le marché et la fin de vie des équipements électriques et électroniques (DEEE), y compris les batteries.
En pratique :
- les puffs devraient être déposées dans des points de collecte spécialisés (déchetteries, collecteurs en magasin pour les appareils électriques et piles) ;
- beaucoup sont néanmoins jetées dans la nature ou dans les poubelles classiques, ce qui augmente la pollution plastique et le risque de dispersion de métaux lourds et de composants chimiques.
Les systèmes rechargeables ont, de leur côté, un impact environnemental moindre lorsqu’ils sont utilisés plusieurs mois ou années avant d’être remplacés. Les principaux déchets générés sont :
- les flacons d’e-liquide (souvent recyclables selon les consignes locales) ;
- les résistances usagées (déchets de petite taille, souvent métalliques) ;
- et à terme, la batterie, qui doit être déposée en point de collecte dédié.
Du point de vue environnemental, les systèmes rechargeables sont nettement préférables, à condition d’adopter les bons gestes de tri et de recyclage.
Cadre légal français et européen : vente, publicité et usage
Le vapotage est encadré par un ensemble de textes européens et nationaux :
- Directive 2014/40/UE relative au rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives des États membres concernant la fabrication, la présentation et la vente des produits du tabac et des produits connexes.
- Code de la santé publique :
- articles L3513-1 à L3513-7 : définitions, interdiction de vente aux mineurs, interdiction de publicité, règles d’étiquetage ;
- articles R3513-1 et suivants : dispositions réglementaires d’application.
- Décrets et arrêtés précisant les modalités d’étiquetage, de sécurité, de déclaration des produits à l’ANSES, etc.
Points clés pour les utilisateurs et les professionnels :
- Interdiction de vente aux moins de 18 ans (article L3513-5 du Code de la santé publique) : s’applique à toutes les formes de cigarettes électroniques et de recharges, jetables ou non.
- Interdiction de publicité (articles L3513-4 et L3513-5) : communication commerciale encadrée, notamment sur internet et les réseaux sociaux.
- Interdiction de vapoter dans certains lieux publics (article L3513-6) : établissements scolaires, transports collectifs fermés, certains lieux de travail fermés et couverts.
- Obligations d’information et de sécurité pour les fabricants et distributeurs : déclaration des produits, avertissements sanitaires, notices d’utilisation, dispositifs de sécurité enfant.
Comment choisir entre cigarette électronique jetable et système rechargeable ?
Le choix dépend de plusieurs facteurs : profil de fumeur, budget, sensibilité écologique, motivation à arrêter de fumer, besoin de simplicité ou de personnalisation.
La cigarette électronique jetable peut être envisagée si :
- vous souhaitez tester ponctuellement la vape avant d’investir dans un matériel plus durable ;
- vous êtes en situation exceptionnelle (voyage court, oubli de matériel, etc.) ;
- vous êtes fumeur adulte et cherchez un produit très simple d’utilisation pour une courte période.
Le système rechargeable est en général préférable si :
- vous envisagez une transition durable du tabac vers le vapotage ;
- vous souhaitez maîtriser votre budget sur le moyen et long terme ;
- vous êtes sensible à l’impact environnemental de vos choix de consommation ;
- vous avez besoin d’ajuster finement la nicotine et le type de vape à votre profil de fumeur.
Dans tous les cas, il est recommandé de :
- vous faire accompagner par un professionnel de santé (médecin, tabacologue, pharmacien) pour adapter la stratégie à votre situation ;
- vous approvisionner auprès de fournisseurs fiables (boutiques spécialisées reconnues, sites respectant la réglementation) ;
- vous informer régulièrement des évolutions légales et des recommandations officielles (Ministère de la Santé, Santé publique France, HAS, ANSES).
Pour les fumeurs adultes, la cigarette électronique reste un outil de réduction des risques intéressant lorsqu’elle est utilisée dans un objectif de sortie du tabac et dans le respect des textes officiels encadrant sa commercialisation et son usage.
