E-cigarette et santé bucco-dentaire : quels risques pour les gencives, les dents et la bouche ?

E-cigarette et santé bucco-dentaire : quels risques pour les gencives, les dents et la bouche ?
E-cigarette et santé bucco-dentaire : quels risques pour les gencives, les dents et la bouche ?

E-cigarette et santé bucco-dentaire : un sujet au carrefour de la vape et de la prévention

L’essor de la cigarette électronique soulève de nombreuses questions, notamment sur la santé bucco-dentaire. Si la vape est souvent présentée comme une alternative moins nocive que la cigarette classique, ses effets sur les gencives, les dents, la muqueuse buccale et la flore orale restent encore partiellement connus. Cet article fait le point sur les données scientifiques disponibles, les risques potentiels et le cadre réglementaire qui encadre les e-liquides, afin d’aider les vapoteurs, les chirurgiens-dentistes et les professionnels de santé à mieux comprendre les enjeux.

Ce que contient une e-cigarette : nicotine, solvants et arômes

Pour comprendre l’impact de la cigarette électronique sur la santé bucco-dentaire, il est essentiel d’examiner la composition des e-liquides. La plupart des produits commercialisés en France et dans l’Union européenne contiennent :

  • Propylène glycol (PG) : solvant qui favorise le « hit » et le transport des arômes ; il a un effet légèrement desséchant sur les muqueuses.
  • Glycérine végétale (GV ou VG) : responsable de la densité de vapeur, plus visqueuse et plus douce en bouche.
  • Nicotine (optionnelle) : substance psychoactive responsable de la dépendance, ayant des effets vasoconstricteurs sur les tissus, y compris gingivaux.
  • Arômes alimentaires : fruités, mentholés, gourmands, tabac, etc., parfois chauffés à des températures élevées, pouvant générer des produits de dégradation.
  • Additifs éventuels : édulcorants, boosters, agents de fraîcheur.

Ces composants sont fortement encadrés par la réglementation européenne via la Directive 2014/40/UE dite « TPD » (Tobacco Products Directive) et sa transposition en droit français, notamment dans le Code de la santé publique (CSP, articles L3513-1 et suivants). En particulier :

  • La teneur maximale en nicotine est limitée à 20 mg/mL pour les e-liquides nicotinés.
  • Les flacons de recharge sont limités à 10 mL et les réservoirs à 2 mL (CSP, art. R3513-6 et suivants).
  • Certains ingrédients interdits dans les produits du tabac le sont aussi dans les e-liquides (vitamine, colorants de fumée, additifs favorisant l’inhalation, etc.).

Cette réglementation vise à réduire les risques potentiels, mais ne signifie pas pour autant que la vape soit dépourvue d’effets sur la bouche et les dents.

Effets de la cigarette électronique sur les gencives

Les gencives sont particulièrement sensibles aux substances inhalées. Les études disponibles suggèrent que la cigarette électronique est moins délétère que le tabac fumé pour les tissus gingivaux, mais qu’elle n’est pas neutre.

La nicotine, qu’elle soit inhalée par la cigarette classique ou par la vape, a un effet vasoconstricteur. Elle réduit le flux sanguin gingival, ce qui peut :

  • Diminuer la capacité de défense et de réparation des tissus.
  • Masquer les signes classiques d’inflammation (gencives rouges, saignements), donnant une fausse impression de bonne santé gingivale.
  • Ralentir la cicatrisation après des actes comme un détartrage, une extraction, ou une chirurgie parodontale.

Des travaux comparant fumeurs, vapoteurs et non-fumeurs montrent que les fumeurs présentent la forme la plus sévère de parodontite (inflammation profonde des tissus de soutien de la dent), tandis que les vapoteurs se situent généralement dans une situation intermédiaire. Néanmoins, chez certains vapoteurs intensifs, on observe :

  • Une augmentation de l’inflammation gingivale par rapport aux non-fumeurs.
  • Une sensation de tiraillement et de sécheresse pouvant favoriser les irritations.
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En pratique clinique, il est recommandé aux patients en traitement parodontal d’informer leur chirurgien-dentiste de l’usage de la cigarette électronique, en particulier en cas de consommation élevée de nicotine, afin d’adapter les conseils de prévention et le suivi (notamment la fréquence des rendez-vous).

Santé des dents : caries, coloration et hypersensibilité

L’impact de la cigarette électronique sur les dents est moins bien documenté que celui du tabac fumé, mais plusieurs mécanismes peuvent être discutés.

Risque de caries et de déminéralisation

Contrairement à certaines idées reçues, la vape n’est pas totalement neutre pour le risque carieux. Plusieurs éléments entrent en jeu :

  • Sécheresse buccale : le propylène glycol et la glycérine végétale peuvent entraîner une diminution du flux salivaire, surtout en cas de vapotage fréquent. Or la salive joue un rôle central dans la protection contre les caries, la neutralisation des acides et la reminéralisation de l’émail.
  • Arômes sucrés et édulcorants : bien que les e-liquides ne contiennent pas de sucres fermentescibles comme le saccharose en quantité significative, certains arômes sucrés associés à une baisse de salivation peuvent favoriser l’adhérence de la plaque dentaire.
  • Modification de la flore bactérienne : des études in vitro suggèrent que la vapeur d’e-cigarette peut modifier la composition du biofilm dentaire, ce qui pourrait à terme influencer le risque de carie, même si les données cliniques restent limitées.

Par comparaison, la cigarette classique augmente nettement le risque de caries radiculaires et de déchaussement. La vape, elle, semble moins agressive mais peut, chez certains vapoteurs intensifs, s’accompagner d’une augmentation de la plaque et d’une hygiène bucco-dentaire moins rigoureuse.

Coloration des dents et du tartre

La cigarette électronique, en l’absence de goudrons, a un potentiel colorant bien moindre que le tabac. Cependant :

  • Certaines colorations extrinsèques peuvent apparaître, surtout avec des arômes foncés (café, cola, tabac, caramel) ou une forte consommation de boissons colorées associées (café, thé, soda).
  • La production de tartre reste principalement liée à la plaque dentaire et à la minéralisation de celle-ci ; la vape ne semble pas l’augmenter directement, mais un vapotage répété accompagné d’une hygiène insuffisante peut favoriser son accumulation.

Hypersensibilité dentaire

Certains utilisateurs rapportent une hypersensibilité au chaud ou au froid après le passage du tabac à la vape. Ce phénomène est souvent transitoire et peut être lié :

  • À la récupération de la vascularisation gingivale après l’arrêt du tabac.
  • À une irritation de la muqueuse liée à la fréquence d’inhalation ou à la température de la vapeur.

Une évaluation dentinaire (présence de collets dentaires exposés, bruxisme, érosion acide) est utile pour distinguer une simple hypersensibilité passagère d’un problème structurel nécessitant un traitement.

Muqueuse buccale, langue et gorge : irritation et lésions potentielles

La vapeur d’e-cigarette entre en contact direct avec les muqueuses de la bouche, de la langue, de l’oropharynx et parfois du larynx. Plusieurs effets sont décrits :

  • Xérostomie (sensation de bouche sèche) : l’un des effets secondaires les plus fréquemment rapportés. Elle peut favoriser l’halitose (mauvaise haleine), la gêne à la mastication et à la déglutition.
  • Irritations locales : picotements sur la langue, palais légèrement brûlé ou gorge irritée, souvent liés au dosage en nicotine, à certains arômes (menthol, cannelle) ou à une puissance trop élevée de l’appareil.
  • Altération du goût : sensations de goût métallique, diminution de la perception gustative, parfois transitoires, surtout lors du sevrage tabagique ou du changement de e-liquide.
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Sur le plan des lésions précancéreuses ou cancéreuses buccales, les données actuelles suggèrent un risque beaucoup plus faible que celui du tabac fumé, qui expose aux goudrons et à de multiples carcinogènes. Néanmoins, la prudence s’impose : les études manquent encore de recul pour évaluer les effets de plusieurs décennies de vapotage sur la muqueuse buccale.

La Haute Autorité de Santé (HAS)Santé publique France rappellent, dans leurs documents de référence sur le sevrage tabagique, que la cigarette électronique peut être un outil d’aide à l’arrêt du tabac, mais qu’elle ne doit pas être considérée comme un produit anodin. Les professionnels de santé bucco-dentaire sont encouragés à interroger les patients sur l’usage de la vape et à signaler tout changement suspect au niveau des muqueuses.

Comparaison avec la cigarette classique : bénéfices et limites pour la bouche

Pour les utilisateurs actuels de tabac, l’une des questions centrales est la suivante : « La cigarette électronique est-elle meilleure pour mes dents et mes gencives que la cigarette traditionnelle ? ». Les données convergent sur plusieurs points :

  • L’arrêt du tabac fumé permet une amélioration nette de la vascularisation gingivale, une diminution du risque de parodontite sévère et une meilleure cicatrisation après soins.
  • La disparition de la combustion et des goudrons réduit de façon importante le risque de coloration des dents, de tartre lourdement pigmenté et de mauvaise haleine liée à la fumée.
  • Le risque de cancer de la cavité buccale est vraisemblablement nettement moindre avec la vape qu’avec le tabac, même si l’innocuité complète ne peut être affirmée.

Cependant, par rapport à une situation de non-consommation de nicotine ou de vapotage, la cigarette électronique :

  • Maintient une exposition à la nicotine (lorsque les e-liquides sont nicotinés), avec ses effets sur les tissus gingivaux.
  • Peut induire une xérostomie, des irritations buccales et des modifications de la flore orale.
  • Nécessite une hygiène bucco-dentaire renforcée et un suivi régulier chez le chirurgien-dentiste.

D’un point de vue de santé publique, la vape est souvent décrite comme une réduction des risques pour les fumeurs, mais elle ne constitue pas une absence de risques, en particulier pour la sphère bucco-dentaire.

Cadre légal, information des consommateurs et rôle des professionnels

En France, la commercialisation de la cigarette électronique et des e-liquides est encadrée par plusieurs textes, principalement :

  • La Directive 2014/40/UE relative au rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives des États membres en ce qui concerne la fabrication, la présentation et la vente des produits du tabac et des produits connexes.
  • La loi n°2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé, qui a intégré la réglementation des produits du vapotage dans le Code de la santé publique.
  • Le Code de la santé publique, notamment les articles L3513-1 à L3513-7 et R3513-1 et suivants, portant sur la mise sur le marché, l’étiquetage, la publicité et la protection des mineurs.
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Ces textes imposent notamment :

  • Un étiquetage clair des concentrations en nicotine et des ingrédients principaux.
  • Des mentions de mise en garde pour les produits contenant de la nicotine (« La nicotine contenue dans ce produit crée une forte dépendance »).
  • Une interdiction de vente aux mineurs (CSP, art. L3513-5).

Les chirurgiens-dentistes, médecins généralistes, pharmaciens et professionnels de la vape (boutiques spécialisées) ont un rôle à jouer pour informer les utilisateurs sur :

  • Les risques spécifiques pour la bouche (gencives, dents, muqueuses).
  • L’importance d’une hygiène bucco-dentaire rigoureuse (brossage biquotidien, fil dentaire ou brossettes, bains de bouche adaptés si besoin).
  • La nécessité de consultations régulières (1 à 2 fois par an) pour dépistage des troubles gingivaux, caries, lésions suspectes.

Conseils pratiques pour vapoteurs : protéger sa bouche tout en réduisant les risques

Pour les personnes qui utilisent déjà une cigarette électronique, plusieurs mesures permettent de limiter l’impact sur la santé bucco-dentaire :

  • Hydratation suffisante : boire de l’eau régulièrement pour compenser la sécheresse induite par le propylène glycol.
  • Choix des e-liquides : privilégier des produits conformes à la réglementation européenne, issus de fabricants reconnus, avec une composition transparente.
  • Réduction progressive de la nicotine lorsque cela est possible, afin d’atténuer les effets vasoconstricteurs sur les gencives.
  • Bonne hygiène bucco-dentaire : brossage au moins deux fois par jour avec un dentifrice fluoré, nettoyage interdentaire quotidien, limitation des grignotages sucrés.
  • Consultation régulière chez le chirurgien-dentiste, en signalant l’usage de la e-cigarette et en discutant de tout symptôme (saignement, douleur, lésion qui persiste plus de 15 jours).
  • Attention aux arômes irritants : certains arômes (cannelle, menthol très fort, agrumes acides) peuvent être plus irritants pour la muqueuse ; en cas de gêne répétée, il est utile de changer de liquide.

Pour les fumeurs souhaitant passer à la vape, l’idéal est d’intégrer la cigarette électronique dans une démarche globale de sevrage tabagique, avec l’aide d’un professionnel de santé et, si possible, un suivi de la santé bucco-dentaire pour accompagner l’amélioration progressive de l’état des gencives et des dents.

La cigarette électronique représente, pour de nombreux fumeurs, une alternative susceptible de réduire certains risques graves liés au tabac, y compris au niveau de la bouche. Toutefois, sa consommation reste associée à des effets sur la santé bucco-dentaire qu’il est important de connaître, de surveiller et de prévenir, en s’appuyant sur les recommandations officielles, la réglementation en vigueur et un dialogue régulier avec les professionnels de santé.